HÉRELLE (F. d’)

HÉRELLE (F. d’)
HÉRELLE (F. d’)

HÉRELLE FÉLIX D’ (1873-1949)

Né à Montréal, orphelin de père à six ans, il est emmené par sa mère à Paris, puis en Hollande. On manque de précisions sur ses études supérieures. Mais on sait comment Félix d’Hérelle s’est orienté, par hasard, vers la microbiologie, en apprenant qu’une place de chef de laboratoire était vacante à l’hôpital général de Guatemala. Ayant obtenu ce poste, il met à profit la longue durée du trajet pour s’initier à une science qui ne devait pas lui être familière. Poussé par le goût des voyages, il parcourt l’Amérique centrale et le Mexique, travaillant dans divers laboratoires sans réussir à se fixer. Dans ce dernier pays, il découvre un coccobacille dans l’intestin de sauterelles mortes de diarrhée. Il s’efforcera plus tard, en vain, d’utiliser ce germe pour une lutte biologique contre les invasions dévastatrices des récoltes par ces acridiens. Dès ce moment, l’observation attentive des trous arrondis qui se forment, en apparence spontanément, dans les cultures du coccobacille sur milieu solide le mettra sur la voie du phénomène qui le passionnera jusqu’à son dernier jour, la bactériophagie. Après d’autres pérégrinations, il est engagé, en 1908, comme assistant au service Delezenne à l’Institut Pasteur. Lors d’une petite épidémie de dysenterie dont il est chargé d’isoler les souches au laboratoire de l’hôpital Pasteur, il retrouve, dans les cultures sur gélose de bacille dysentérique, les trous arrondis, qu’il appelle «plages». Il met soigneusement au point les techniques d’étude du phénomène sur milieu solide et en milieu liquide. Il arrive rapidement à la conviction que ces actions lytiques sont le résultat d’une bactériolyse contagieuse dont l’agent doit être un «microbe invisible antagoniste du bacille dysentérique» (1917). Il donnera à cet agent lytique le nom de «microbe bactériophage», puis celui de «bactériophage». Il montre qu’il existe d’innombrables races de ce bactériophage, capables de lyser les bactéries les plus diverses. Il affirme que ces bactériophages jouent un rôle important dans la guérison «spontanée» de nombreuses maladies bactériennes et que leur apparition au cours d’une épidémie peut être la cause de son extinction. Il en déduit qu’on doit pouvoir les utiliser comme agents thérapeutiques (curatifs et préventifs). La phagothérapie, préconisée par d’Hérelle et ses élèves, connaît une grande vogue en France et à l’étranger entre 1920 et 1925. Mais la commercialisation du bactériophage ne plaît pas au directeur de l’Institut Pasteur qui congédie son inventeur. D’Hérelle est alors nommé professeur extraordinaire à Leyde, puis microbiologiste auprès du Conseil sanitaire et quarantenaire d’Égypte. On l’accueille en Inde pour faire des essais de prophylaxie du choléra par le bactériophage et il est invité à enseigner la science du bactériophage à l’université Yale. En 1935 il est l’hôte de l’U.R.S.S. et fonde un institut du bactériophage à Tbilissi. Mais bientôt les choses se gâtent. Il doit quitter le pays. Son collaborateur Éliava, resté à Tbilissi, est accusé d’avoir empoisonné des puits en y introduisant du bactériophage, et il est fusillé.

Rentré à Paris, il fonde le Laboratoire privé du bactériophage, secondé par son collaborateur Nicolas Boulgakov, frère de l’écrivain Mikhaïl Boulgakov.

Actuellement, la phagothérapie, malgré d’incontestables succès, n’est employée que dans les infections par des germes résistants naturellement ou devenus résistants aux antibiotiques. Quoi qu’il en soit, le grand mérite de D’Hérelle est d’avoir fait connaître au monde des agents inframicroscopiques dont l’étude, relativement facile, a permis aux auteurs modernes d’accomplir d’immenses progrès dans la connaissance des propriétés générales des ultravirus pathogènes pour l’homme, les animaux et les végétaux.

Il convient cependant de rappeler qu’en 1915, deux ans avant la première communication de D’Hérelle sur le bactériophage, le savant anglais Frederick William Twort, dans un article de Lancet passé inaperçu, avait décrit avec une remarquable précision un «phénomène de transformation vitreuse» des colonies d’un microcoque dont il avait reconnu le caractère contagieux et la nature virale. Cette transformation vitreuse était sans nul doute une des phases initiales de la bactériophagie et doit donc porter le nom de «phénomène de Twort-d’Hérelle», selon de nombreux auteurs.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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